La suite de cette histoire n'appartient plus qu'à l'imaginaire du lecteur. Oubliez donc mon ombre en refermant cet ouvrage. Ou riez avec les incrédules.
De toute façon, qui prendra ces écrits au sérieux ?
J'incarne votre pire cauchemar, vous les briseurs de tirelire. Faites comme si tout cela n'était qu'une fiction.
Que vous y croyiez ou non, mon destin d'avare se poursuit, authentique, dense et heureux, loin du pittoresque, des effets et du lustre de la littérature.
Ce que vous venez de lire ne constitue en réalité que l'écume de ma vie : des bagatelles mêlées de quelques fils barbelés. Vous sourirez de ce que j'ai osé raconter en termes ciselés.
Dans les profondeurs de mon quotidien de radin, je demeure dénué d'artifices de langage. Ma vérité d'économe est beaucoup plus brutale que ces drôleries étalées page après page.
Mes jours de pingre n'ont rien à voir avec vos rêves ordinaires. Cet âpre royaume où je vis n'est pas votre affaire et mon ciel vous restera à jamais inaccessible. Vos richesses de dépensiers sont pour moi des lourdeurs. Et mes légèretés, à vos yeux, se résument à des misères.
Vous habitez sur la planète Terre et moi sur la Lune. Vous êtes soumis aux terrestres attractions tandis que l'éther de l'avarice me maintient au-dessus du sol. Vous trouvez votre bonheur dans la dépense, je forge le mien dans l'épargne. Peut-être nommez-vous "paradis" cet enfer doré dans lequel vous baignez depuis toujours. Et cette fosse à rats que vous prenez pour une disgrâce, je la perçois aussi éclatante qu'un sommet.
Je me prive pour mieux accumuler et mange mon malheur pour en jouir pleinement. Pendant que vous brûlez votre argent dans des achats sans lendemain, je gravis centime après centime une montagne d'or et de ténèbres.
Là où se croisent la clarté et l'obscurité, il n'y a plus qu'un long crépuscule. Dans cette brume qui vous effraie tant, j'ai découvert de la lumière.
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