samedi 5 septembre 2026

80 - Radin de rêve

Par-delà mes travers et outrances, et même si elle savait que j'allais lui offrir une vie matérielle au rabais, Violette brûlait pour moi d'une flamme authentique.
 
Plus sensible aux charmes du loup qu'au spectre fascinant des poubelles que j'explorais, le mystère des égouts et l'obscurité du ciel l'attiraient. À ses yeux, j'incarnais un crépuscule inédit. En échange de l'inconfort que je lui imposais, elle recevait tout l'or de mes rêves gris.
 
Ma chambre ressemblait à une cave avec un accès sur l'azur. Je menais une existence sobre, riche dans mon avarice. Ma liberté de radin ne s'apparentait guère à l'aliénation des dépensiers. Certes, il m'arrivait de souffrir de frustration, ayant moi aussi des envies de bête, des appétits consuméristes brutaux et primaires.
 
Cependant, au bout de mon chemin d'économe âpre et ennuyeux je trouvais la lumière.
 
Quoi de plus glorieux que de finir ma journée en beauté en constatant que je n'avais rien déboursé depuis le matin ? Dans ces moments, tout s'éclairait et tout s'apaisait.
 
J'étais vide, mais léger. J'avais faim parfois, mais me sentais épargné. Je n'avais pas gagné une miette de pain, mais je n'avais pas perdu une once d'eau non plus.
 
Et je planais sur mon nuage, en solitaire au-dessus du monde, loin des pesanteurs du siècle.
 
Alors devant Violette, je devenais un être aux ailes magistrales venu d'ailleurs. Un ange issu d'ombres radieuses. Ou un simple mortel bourré de sagesse, peut-être. Et je voyais dans son regard un mélange d'amour et d'incrédulité.

Selon les valeurs sociales, l'on me situait dans les derniers. Pour le restant de ses jours, Violette marcherait en compagnie de ce rat aux allures de roi.

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