dimanche 23 août 2026

68 - Les sourires de Violette

Quand Violette me souriait, c'était comme si je gagnais une faveur de haut prix.
 
J'avais l'impression de recevoir un colis gratuit par la poste, un billet de banque en échange de rien d'autre que ma gratitude, un cadeau offert par le soleil.
 
Je me trouvais devant une machine à sous où je ne perdais jamais.
 
J'expérimentais une sorte de système ouvert ne distribuant que des avantages. Un sourire sincère ne coûtant pas un centime à produire, le fait d'en être le destinataire me donnait le sentiment de bénéficier d'un cercle vertueux.
 
Tout cela fonctionnait bien entendu hors du monde bancaire, sur des bases différentes que celles des interactions purement économiques, exactement à l'image d'une graine que l'on plante : elle germe toute seule pour présenter une fleur à l'univers.
 
Certes l'on peut toujours monnayer la rose qui sort de terre, l'empaqueter, l'emballer sous du cellophane, l'étiqueter et la déposer sur un étal dans une boutique. Mais ces artifices à but mercantile n'ôtent ni le charme ni le caractère miraculeux du bourgeon issu du terreau.
 
De même l'on pourrait faire payer aux hommes le spectacle naturel du clair de lune, une promenade sous la pluie ou une soirée en solitaire à la chandelle. Ce serait absurde et cependant envisageable : il existe bien des lois qui interdisent à quiconque de chanter une chanson publiquement s'il n'en possède pas les droits d'auteur. À moins que l'oiseau chanteur n'achète cette permission, le tribunal lui coupera le sifflet.
 
Fort de ces considérations, je voyais les choses de manière gratifiante.

Les regards lumineux que m'adressait Violette équivalaient potentiellement, à mes yeux en tout cas, à autant de pièces d'or tombées du ciel sur ma tête.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire