Le jour de ses vingt-deux ans, Violette estima indispensable de fêter avec
pompe son anniversaire.
Je dus faire face à cette énième futilité avec toute la diplomatie dont je
me pensais capable en pareil cas.
Je n'avais nullement envie de sacrifier plus d'une double dizaine de
bougies, aussi minces fussent-elles, pour une cause à ce point insignifiante.
Cependant, je devais feindre de croire qu'elle avait atteint un âge glorieux,
digne d'être honoré avec faste. Histoire de la flatter tout en lui faisant
oublier ces artifices inutiles et coûteux.
Puérilités toujours trop chères à mes yeux, qu'elle se croyait pourtant en
devoir d'acquérir pour tenter d'illuminer au maximum cette date que
personnellement je ne considérais pas particulièrement décisive.
Et encore, je ne comptais pas l'achat d'un gâteau qui, assurément, aurait
été à ma charge...
Certes, j'aurais pu lui proposer de fournir ma propre pâtisserie gratuite,
sauf que je me doutais bien qu'en cette occasion solennelle, Violette n'aurait
guère apprécié un tel présent issu des poubelles.
Je voulais qu'elle se sente reine dans la pénombre de ma chambre en cette
heure cruciale. Sans qu'elle s'attende pour autant à recevoir d'autres cadeaux
et honneurs que ceux, délicieusement immatériels, que je lui destinais :
acclamations, belles paroles, mots sincères de toutes sortes.
Sans omettre l'inévitable verre d'eau concluant tellement de choses
sérieuses sous mon toit d'économe.
Je devais insister non sur la coupe de flotte, mais sur les clameurs
appuyées censées célébrer hautement, c'est-à-dire à moindres frais, ce minuscule
événement. Bref, ces multiples glorifications sonores pouvaient, selon mes rusés
calculs, remplacer avantageusement l'absence de tant de chandelles ainsi que
leur support pâtissier.
Ma stratégie se voulait aussi frontale qu'anguleuse. Il me fallait casser
tout sec son idée de pesante bagatelle et lui présenter à la place la légèreté
de mes vues. Mon but consistait à faire disparaître de ses pensées la vingtaine
de mini cierges plantés sur l'onéreuse douceur sucrée, pour mieux éclairer sa
petite cervelle de jolie porcelaine.
L'urgence était de faire le vide matériel autour de cette affaire afin de
mettre en valeur prioritairement la lumière des cœurs en joie. Même si au début
Violette bouda un peu, frustrée de ne pas pouvoir souffler sur les vaines
flammes, finalement je réussis mon coup. L'héroïne de la fête se résigna.
Une nouvelle fois, je venais d'échapper à de frivoles dépenses.
Joyeux amusements, Violette !
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