lundi 24 août 2026

69 - Le mariage

Avec gravité, nous songions à nous marier, Violette et moi. Il fallait officialiser cette union. Si notre couple pouvait sembler improbable à bien des égards, il n'en méritait pas moins d'être sacralisé en haut lieu.
 
J'allais donc devenir un mari avare et Violette une épouse de radin.
 
J'annonçai la nouvelle à mes parents, qui ne la prirent nullement au sérieux. À leurs yeux, je demeurais un fouille-poubelles immature et dépourvu d'avenir. En dehors de ma chambre d'éternel attardé, je représentais peu de choses selon eux. Peut-être n'avaient-ils pas totalement tort d'ailleurs.
 
En effet, je n'incarnais dans cette société moderne que l'archaïsme, l'arriérisme, tout le contraire de ceux qui vont de l'avant. J'étais même une sorte de parasite. À l'image des rats, je vivais des déchets de la rue sans rien produire pour la communauté humaine.
 
Dans ce contexte, un mariage prendrait fatalement des allures de farce. À part ma fortune héritée, je n'avais aucune situation. Plutôt le statut d'un foutu cafard et l'apparence d'un vil chiffonnier.
 
Me placer face à un curé en costume-cravate ferait rire -ou pleurer- toute personne convenable issue de ce siècle.
 
N'importe ! Je souhaitais m'unir devant le ciel avec Violette.
 
L'essentiel pour moi était la sincérité de l'acte et le nombre restreint d'invités. Je voulais un minimum de convives pour un maximum d'économie.
 
Je trouvai rapidement les deux témoins règlementaires. Nous nous retrouvâmes cinq à l'église : moi, Violette, le duo protocolaire et le prêtre. Pas de photo, pas de repas, pas de fête stupide. Juste la cérémonie. Aucun chichi.
 
Les festivités bruyantes, interminables et coûteuses ne faisaient pas partie de ma culture de pingre éclairé. Nul n'est tenu de succomber à ces artifices le jour du port de l'alliance. Je restai sobre et digne au cours de cet événement intime.
 
En outre, je n'ignorais pas que lors de ces occasions, la plupart des gens venaient pour festoyer à l'œil, indifférents au bonheur des conjoints. Il n'y a guère que les naïfs pour croire que les vingt, cinquante ou cent hôtes de leur table sont animés par des sentiments altruistes. Ces époux entourés de leurs amis s'imaginent être le centre du monde mais ne sont en réalité que les pigeons égocentriques qui payent un repas somptueux à des opportunistes.
 
Bref, nos épousailles furent aussi promptes que discrètes. Le lendemain, j'étais changé en "Monsieur et Madame Rapiat".

Avec un chapeau d'homme désormais marié pour me donner encore plus de crédibilité.

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