dimanche 9 août 2026

56 - Fantômes des poubelles

Violette, en réalité, paraissait effrayée par le mobilier de ma chambre servant d'alcôve à notre couple.
 
Tous ces meubles lépreux, récupérés, rafistolés, destinaient leurs grimaces aux murs de la pièce comme à ses hôtes. Ils ressemblaient à des spectres de broc et de bois, véritables épouvantails fixant les choses et les êtres de leur regard glauque.
 
Cela donnait l'impression que nous logions dans l'antre d'un ogre. Nous étions dans le trou d'un radin plus précisément, un refuge que l'on aurait pu qualifier de sordide et laid, peut-être bien. Dans cet asile de l'amour, je vivais cependant le meilleur de ma vie d'avare.
 
À force de passer des années dans cet environnement de radinisme extrême et de dépouillement pouilleux, ce quotidien de hideur me semblait normal. Ma priorité n'était pas l'esthétique mais l'économie. Je trouvais de toute façon beau tout ce que je ramassais pouvant m'être utile ou agréable, c'est-à-dire quasiment n'importe quoi. Ce qui me tombait dans la main était systématiquement béni, accepté, adopté, utilisé, digéré.
 
Je remplissais ma vieille piaule de ces menus débris auxquels j'accordais du prix par le seul fait que je les avais choisis parmi d'autres dans les bennes à ordures. Mon lieu de repos était devenu au fil et à mesure un endroit de cauchemar, au moins aux yeux de Violette. Mon lit s'apparentait à une couche mortuaire, entourée d'objets aux formes étranges. J'aimais à surnommer mes trouvailles ainsi exposées mes "poupées de poubelle".
 
Lorsque nous dormions, des ombres suspectes se dressaient autour de nous, de vagues visages nous adressaient des silences inquiétants.

Et finalement, ce théâtre de fantômes brisés et rouillés, peuplant mon univers, enchantait diablement Violette.

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