mercredi 29 juillet 2026

43 - Les cadeaux

Je savais pertinemment que Violette réclamerait sa part de cadeaux divers, qu'ils soient occasionnels ou réguliers. Fataliste, je me préparais à gérer cette dure réalité et réfléchissais sérieusement à toutes les occasions qui allaient permettre de me tirer d'affaire à moindres frais.
 
Il me faudrait accepter ces sacrifices de toute façon, autant agir le moins possible en donnant l'illusion de tout offrir. Ma vraie marge de manoeuvre se situait surtout au niveau psychologique. Afin de limiter les dépenses, je devrais reculer les échéances (dans l'espoir de les voir disparaître dans les brumes de l'oubli), alléger habilement ses demandes, faire semblant de perdre la mémoire sur mes promesses...
 
Je devrais affronter les inévitables anniversaires, les fêtes fatidiques, les souvenirs obligés, les coups de coeur imprévisibles, etc. Le pire m'attendait. Heureusement, je pourrais abuser de tous les prétextes pour tenter de contourner ces routes usuelles de la vie commune. Je lui ferais miroiter les avantages d'une existence de dépouillement, lui proposerais de flatteurs détours par la sobriété, l'emmènerais dans des chemins de déserts extraordinaires, lui chanterais l'exotisme de l'économie extrême...
 
Une envie de sac à main ? Je lui sortirais un discours sur la vacuité des contenus que les femmes transportent sur elles à longueur de journées... J'insisterais alors sur la liberté de mouvement apportée par la légèreté des biens matériels. Et si mes mots ne la convainquaient pas, je lui chercherais une vague vieillerie en cuir garnie de dorures dans les poubelles en la faisant passer pour une antiquité. Enfin, ce genre de chose pouvant me sauver la mise.
 
Ces préoccupations financières ne m'empêchaient pas de demeurer lucide sur moi-même. Je me rendais compte que j'en étais là dans ma situation d'avare, au plus bas que l'on puisse imaginer, sordide, mesquin, insensé, complètement fou ! J'avais éminemment conscience de cette image de misère que je présentais aux regards extérieurs. Je continuais cependant à considérer mon avarice comme mon plus grand trésor. Ma pingrerie m'enrichissait sur des points principaux : je sentais que je devenais une personne réellement importante, aussi bien sur le plan bancaire que spirituel.

Dans le contexte de mon couple avec Violette, mon travail consistait non pas à ouvrir davantage ma bourse mais à fermer la vanne de ses souhaits féminins.

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