J'avais pour habitude, à chaque automne, de récolter les primeurs superflus du voisinage tombant sur la voie publique.
Le Code civil m'y autorisait, pourquoi m'en priver ?
Cependant, pris dans mon élan d'enthousiasme à l'égard de cette manne, il m'arrivait de porter la main plus loin que permis. Non content de ramasser ce qui gisait au sol, plein de zèle, j'allais cueillir illicitement les plus belles pièces suspendues au-dessus de ma tête.
Si bien que j'emportais chez moi de magnifiques paniers de pommes, de poires, de prunes, etc.
Je continuais à adopter ce système accommodant à travers mes activités de récupération de biens abandonnés. J'arrachais quelques carottes quand il y en avait, soustrayais deux ou trois kilos de tomates en été, m'octroyais fraises en juin, navets et radis le reste de l'année... Sans les chercher ni besoin de me fatiguer, je trouvais ces trésors de la Création à ma portée : ils poussaient dans les jardins des alentours.
Pour me les approprier avec moralité, il me suffisait d'estimer de toute mon autorité que tel sillon ou telle plantation débordait opportunément en ma direction.
Je mangeais le plus possible aux frais des jardiniers imprudents ou négligents.
De mauvaises langues qualifiaient mes butins horticoles de "vol". Quel méchant gros mot à mes oreilles ! En guise de réponse, je leur tendais de lourdes poignées de mes menues trouvailles. Cela en faisait taire certains, tandis que les autres fuyaient d'indignation face à ma générosité.
Si je n'avais pas toujours le droit légal avec moi, le sort et l'opulence de la nature constituaient mes meilleurs alliés. Je préférais suivre la loi des fruits et des légumes plutôt que celle des hommes.
Ainsi je garnissais régulièrement ma table de ces bienfaits gratuits. L'on pouvait certes m'accuser de mille larcins. Pour ma défense, je me sentais la vaillance de brandir mon arme unique, à la fois flamme sacrée et excuse ultime : ma redoutable avarice.
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