J'avais ramené de mes explorations dans les poubelles des sachets de sauce individuels.
Chaque dose de condiment pouvait avantageusement assaisonner une assiettée de riz. De quoi transformer un repas fade et basique en mets de roi.
Je brandis d'un air triomphal ma trouvaille devant Violette, qui visiblement n'en percevait guère la valeur.
Je lui expliquai qu'avec ces menues choses, j'allais nous préparer un mémorable événement : un festin pas cher.
À travers son regard peu convaincu, je devinais qu'elle n'apprécierait pas spécialement ce déjeuner de choix. Elle fut contrariante :
— Tu penses me faire plaisir en me proposant cette cuisine de sous-cantine ? Emmène-moi dans un établissement gastronomique, et là, je sauterai de joie !
— Violette, je ne cherche nullement à te surprendre, seulement à te nourrir agréablement avec trois fois rien. Mon but est de te caler le ventre à moindre coût. Réjouis-toi de pouvoir manger aux frais de la providence.
En vérité, je me trouvais à bout d'arguments. Je devais la noyer sous mes paroles, la désorienter, la mener ailleurs ou nulle part, peu importe. Mais l'éloigner des points de restauration où elle passerait certes un bon moment, au prix funeste de la perte de mes plumes.
Je poussai loin mon audace d'avaricieux : j'eus l'idée saugrenue de lui prodiguer un massage avant de passer à table, sous prétexte de la détendre. Elle succomba à ma proposition et pendant trente longues minutes je lui caressai le cou et les omoplates.
Un moyen parmi mille qui venait de me traverser la tête, afin de la retenir là où la nourriture était la moins onéreuse.
Tandis qu'elle se pâmait, elle ne songeait plus du tout à m'inciter à débourser mon argent chez un restaurateur. Je savais que j'allais devoir inventer maintes diversions et je ne savais combien de subterfuges pour l'empêcher de m'entraîner dans des restaurants.
Finalement, grâce à ces échantillons gratuits, nous nous régalâmes de notre plâtrée à la saveur de liberté.
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