samedi 27 juin 2026

15 - Argent de poche

Logé et nourri par la parentale providence, mon unique souci se résumait à amasser du bien, aussi peu que ce fût, ce qui représentait déjà beaucoup à mes yeux. 

Et cela, dans le but de ressentir le plaisir de l'épargne, de me sentir riche en mettant de côté, de me savoir à l'abri du besoin en économisant au lieu de dépenser. Je désirais m'ériger un capital pièce après pièce, afin qu'en s'additionnant celles-ci devinssent des billets que je pourrais ensuite transformer en un trésor inutilisé.

Et ceci, en continuant à vivre de presque rien, à chercher à réduire au maximum le gaspillage de mes finances, avec la certitude que mon bonheur de radin se trouvait tout au long de ce chemin d'interminable sobriété. 

Ne travaillant pas, ce pécule de bout de ficelle que je me constituais, c'était en fait mon argent de poche, ni plus ni moins. 

Je lâchais du lest avec une extrême parcimonie, vraiment lorsque je n'avais pas la possibilité de retenir ce sable sacré dans l'autel de ma bourse. Par exemple, je sacrifiais une partie de mes sous pour l'achat de choses absolument indispensables à ma survie d'assisté qu'effrayaient les gros frais : tablettes de chocolat au lait, cacahuètes et bâtons de réglisse. 

Je m'étais construit un patrimoine de gamin attardé. Cependant, cette trésorerie puérile comptait énormément pour moi. Là battait tout mon cœur de vivant épris de miettes de la vie. Ces quelques sucreries me permettaient de me maintenir à distance des tentations autrement plus onéreuses. 

Je me comportais tel un oiseau en quête de restes Ou plutôt, à l'égal d'un rongeur en culottes courtes.

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