mardi 4 août 2026

51 - Pot de fleur

Selon les normes de ce siècle, il fallait que je trouve un nid à part entière pour abriter et la fleur et le rat que nous étions. Tout comme moi, Violette logeait chez ses géniteurs. J'estimais cependant que ma piaule suffisait amplement pour ce projet de vie commune. Nul besoin d'aller chercher un autre asile que celui dans lequel j'avais grandi, rêvé, économisé, et tant de fois maudit les vendeurs de vent. Quelle source de frais inutiles ce serait de courir après un toit lointain alors que j'en avais déjà un au-dessus de ma tête !
 
Ma chambre était sombre, vieille, mystérieuse.
 
Et totalement gratuite.
 
Le refuge idéal de ce singulier hyménée, protégé des agressions consuméristes extérieures.
 
Dans ma tour triste et énigmatique, je vivais en dehors de toute influence de ce monde d'achats futiles, de vaines apparences et de pertes d'argent.
 
Je souhaitais voir Violette s'y enraciner. Pour toujours, pour des années meilleures, pour l'amour de la modestie. Loin des sottes tentations de cette société si dépensière, le plus proche possible de mes poubelles généreuses, intarissables, miraculeuses.
 
Sous le soleil précieux de mon avarice elle s'épanouirait de manière encore plus sobre, plus éclatante, moins superficielle.
 
Et me paraîtrait davantage désirable, nourrie de pain noir et abreuvée d'eau claire.
 
Avec moi il n'y avait guère de chance pour qu'elle grossisse inconsidérément. Au régime de la frugalité, elle demeurait fine et belle.
 
Elle brillerait, du moins je l'espérais, et deviendrait le centre de toutes mes attentions, l'heureuse potiche de mon antre de radin.

Enviée des obèses délaissées.

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