dimanche 2 août 2026

49 - Le mendiant

Je marchais dans la rue avec Violette lorsqu'un vagabond m'aborda.
 
Je sus aussitôt que j'allais être confronté à un de mes pires cauchemars : l'aumône forcée.
 
Pas question pourtant de céder au chantage de la pauvreté. Cet homme en haillons qui me réclamait quelques pièces de monnaie méritait en vérité de recevoir de ma part une bonne leçon d'authentique humanisme, au lieu de méchants centimes qui ne l'emmèneraient pas loin.
 
Gagner une miette de finance lui apporterait peu de bonheur et m'infligerait beaucoup de contrariété. Cette générosité ne serait guère égalitaire : l'un bénéficierait d'une goutte de la part de l'océan, l'autre de toute la douleur du monde.
 
Ce que ce mendiant ne pouvait pas comprendre, c'est qu'un avare qui donne souffre plus qu'un gueux qui se voit refuser la charité. La mince joie que récolterait cet indigent en allégeant ma bourse de trois sous n’égalerait jamais en intensité et immensité ma peine de perdre ce trio de précieux ronds.
 
Fort de mes positions, sûr de mon droit, rigoureusement enchaîné à mes principes de ladre de fer, je laissai à Violette le loisir d’agir à sa guise à l’égard du malheureux.
 
À côté de ce mendigot, toute pimpante et parfumée au prix de mes larmes, elle paraissait telle une princesse couverte de luxe et d'artifice. Aussi se crut-elle en devoir d'offrir un brin de son opulence à ce maître-chanteur.
 
Quel soulagement pour moi !
 
J'allais pouvoir me débarrasser aisément de cet importun aux frais de Violette. Elle lui accorda un petit billet qui me parut une montagne d'argent jeté par la fenêtre. Ce n'était pas le mien, j'en fus certes affligé mais pas meurtri. Je conservais mon escarcelle intègre. J’avais donc sauvé l’essentiel.
 
Pour le coup, le clochard repartit comblé avec ce gros apport. Alors qu’il n’aurait éprouvé que tiédeur si je lui avais octroyé ces trois fois rien qui me coûtaient tant !

Je continuai ma promenade aux bras de Violette, satisfait de son œuvre, heureux d'avoir croisé ce pauvre hère et contribué à l'enrichir sans que j'y sacrifie un seul bouton de ma chemise.

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