La coquette entendit ma déclaration avec un mélange d'incrédulité et de
lassitude. Non pas qu'elle ignorât la réalité crue de mon avarice... Elle ne
pensait simplement pas que je portasse mon idole à une telle hauteur.
J'admirais l'économie au moins autant que j'aimais Violette.
Croyait-elle que je plaisantais, que je cherchais bêtement à
l'impressionner avec ma singularité ? Se rendait-elle réellement compte de
l'ardeur de ma flamme de rat ?
Certes, j'étais différent des autres garçons, et c'est ce qui l'avait
séduite. Au premier jour, elle avait posé sur mes guenilles un regard
émerveillé. J'incarnais l'exotisme local à ses yeux.
Mais avec le temps, ce juvénile personnage qui l'avait tant charmée
n'était-il pas devenu une sorte de monstre plus difficile à cerner ?
Mon univers de déchets et de vieilleries, au début lui semblait un pur
enchantement. Mon royaume d'aliments périmés et de piécettes de peu de valeur,
que je considérais aussi précieux que de l'or, lui paraissait féerique. Je
représentais pour elle le prince des ordures. Je brillais comme un sapin de Noël
surchargé. J'étincelais, débordant de pelures d'oranges remontées des abysses
des bennes, plein d'éclatantes babioles dépassant de mes poches.
Elle devait peut-être m'assimiler à un clochard à présent.
Remettait-elle en cause notre relation ? Violette la fleur s'était unie à
une affreuse ronce de mon espèce. Prioritairement éprise de raclures de fonds de
poubelles.
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