vendredi 31 juillet 2026

46 - Mes habits de gueux

Violette me signifia son souhait de me voir changer mon apparence vestimentaire. Il est vrai que je me vêtais avec n'importe quoi, pourvu que cela fût toujours léger sur le plan financier. Ces vêtements de miséreux que je portais en permanence lui faisaient honte.
 
J'avais certes largement les moyens de paraître aussi élégant qu'un prince, sauf que seule la soif de l'économie animait mon âme d'avare. Je refusais absolument de m'habiller avec des morceaux de tissu vendus à prix d'or. Non, moi je voulais rester simple, humble, ne pas montrer d'excès à travers mes allures publiques.
 
Cela m'aurait fait trop mal de dépenser tant d'argent rien que pour m'afficher avec telle couleur ou telle coupe en vogue. Tout ce qui m'importait se résumait à peu de chose : me couvrir autant que possible avec les chemises et les pantalons que je ramassais dans les poubelles. Avec mes désirs modestes, j'estimais que tout me seyait à merveille puisque tout était gratuit.
 
Ce que je récupérais au fond des sacs d'ordures constituait ma garde-robe. Pourquoi aller choisir dans des magasins chers de la soie et de la laine fine quand les dépotoirs m'offraient des kilos de fripes dont l'unique défaut qu'on leur trouvait était de ne plus être à la mode ?
 
Violette me fit comprendre que je ressemblais à un clown fauché. Je ne la contredis pas sur ce point. Seulement la raison qu'elle avançait ne me semblait pas assez convaincante, pas assez sérieuse à mes yeux, pour que j'y accorde de l'importance.
 
Les gens pouvaient bien me regarder d'une drôle de façon ou rire de mes guenilles, cela ne suffisait pas pour que je débourse la moindre pièce de monnaie à la cause de mon aspect extérieur. Violette insista poliment pour que je cède à ses arguments. En vain.
 
— Violette, es-tu superficielle au point de préférer vivre auprès d'un autre que moi, doté de plus beaux habits, mais que tu n'aimeras pas, plutôt que de demeurer avec le roi des radins que tu adores ?
 
Ma question, en forme de reproche, sonnait également comme une leçon de vie. Non, évidemment, elle n'allait tout de même pas faire une montagne de ma façade bariolée...

Encore une fois, j'eus le dernier mot.

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