vendredi 26 juin 2026

14 - Construire avec peu

À vingt et un ans, mes géniteurs décidèrent que je devais quitter le cocon parental et trouver un travail.
 
Je dénichai immédiatement un emploi à temps complet dans ma propre piaule afin de m'adonner à une activité d'économie me permettant d'éviter de me fatiguer En somme, un retour astucieux à la source gratuite de ma chambre d'adolescent où je n'avais pas de loyer à payer.
 
Mes parents jouant pour moi leur rôle d'état-providence estimèrent la solution peu originale. Et cependant efficace, il durent le reconnaître. Et, en effet, mon système semblait plutôt bien fonctionner. Certes, je ne recevais pas de salaire. Qu'importe ! En échange je n'avais aucune charge à régler. Il ne me restait plus qu'à me vouer à ma passion de l'épargne sans me soucier de subvenir à mes besoins, lesquels continuaient à être toujours aussi sobres.
 
Je voulais faire de ma vie une œuvre pie constituée de dépenses minimalistes pour mon portefeuille et de profit maximal en termes de jouissance. Me contenter de peu, voilà déjà une excellente affaire ! Quel bon départ ! Je pouvais agir encore mieux... Bonus absolument non négligeable : m'ouvrir à toutes les opportunités me tombant dans le bec. De quoi me combler mon coeur de ladre.
 
Boire mon eau avec parcimonie et avaler tant que possible le vin des voisins en abondance, tel était mon credo de radin.
 
Je me rendis compte que la vraie priorité dans ma situation consistait non pas à fonder un foyer mais à tenter au contraire de réduire les gros points d'investissement de débours d'argent pour ne garder que les plus vitaux.
 
En y réfléchissant sérieusement, avoir des enfants était-il absolument nécessaire ? Ça mange énormément de pain, la progéniture !
 
Et si vraiment je désirais vivre avec une compagne, nulle force majeure ne m'empêchait d'en rencontrer une maigre, dotée d'un appétit d'oiseau. Il me suffisait simplement de chercher l'amour dénué d'opulence, celui que l'on cueille loin des jardins fleuris : dans les friches et les ronces.
 
Pour l'heure, l'urgence pour moi se résumait à me maintenir perché sur ma branche, en sécurité dans mon nid d'assisté. Je concevais d'épatants plans de pingre pour mon avenir et n'avais par conséquent pas de jours à perdre à me consacrer à autre chose.
 
J'avançais ainsi dans l'existence sans femme.

Sauf que l'avarice était ma seule flamme.

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