jeudi 25 juin 2026

13 - Seul c'est moins cher

Je passai ainsi mes années de jeunesse à fuir les artifices de la consommation, insensible aux plaisirs de la dépense futile. Je ne brûlais que pour le dieu de l'épargne.
 
À partir de l'âge de vingt ans, afin de commencer à entreprendre des économies sérieuses, je me mis en tête de me dégoter une femme sobre. Je ne pouvais me payer le luxe de vivre avec une dépensière, adepte de bijoux et autres onéreuses futilités.
 
Je devais donc faire le bon choix et ne courir que les "vaches rentables".
 
Et rejeter impitoyablement toute femelle susceptible de me ruiner. Autant dire que ma tâche s'annonçait délicate. Je cessai vite de conter fleurette à des demoiselles en mal d'éclat, celles qui aiment briller par leurs effets, et me concentrer davantage sur de futures ménagères aux idées modestes et aux appétits simples. Elles existaient, malheureusement, elles étaient rarement belles. À bien y réfléchir je préférais encore mieux épouser un chardon qui ne s'attaque pas à mes sous de côté, plutôt qu'une fleur qui les dilapide.
 
Je ne savais qui choisir parmi des filles du peuple. Je n'en voyais que deux ou trois de réellement désirables. Cependant je voulais quand même tenter ma chance dans les familles bourgeoises. Pourquoi ne pas essayer de décrocher le gros lot pour un prix égal ? Chercher, ça ne mangeait pas de pain.
 
Dans ce vivier de jolies plantes, je ne trouvais que de potentielles hôtes de salon, certes cultivées, gracieuses et éduquées, mais toutes des claque-pognon indignes de mon idéal d'avare.
 
Mon bonheur de radin ne se cachait visiblement pas dans ce milieu d'ingénues trop dorées pour ma bourse fermée. Il fallait que je me rabatte sur de la prolétaire ordinaire, voire de l'affreux laideron se contentant de peu.
 
Ou rester célibataire. Je demeurais dans l'incertitude sur cette question. Après tout, je n'étais pas pressé de perdre mon argent en prenant épouse. Ma solitude avait au moins cet immense bénéfice de n'être source d'aucun frais supplémentaire.
 
Je vivais seul, sauf que je n'avais qu'une bouche à nourrir : la mienne. Ce qui était déjà assez rassurant pour moi.
 
Je finis par penser qu'une vie de couple, même si ça comptait à mes yeux, en définitive ça coûtait pas mal et ça faisait cher !

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