mardi 11 août 2026

57 - Mes airs de roi et mes amis les rats

Devant l'incrédulité mi-amusée, mi-étonnée de Violette, je dus apporter de cruelles précisions afin que ma fabuleuse avarice soit prise plus au sérieux. Je ne parlais ni de bagatelles ni de caprices ici, mais d'azur ou d'abysse, de papillons ou d'enclumes, d'horizons clairs ou de trous sombres. La vie pour moi, donc la joie, s'orientait fatalement vers l'ouverture des poubelles s'accompagnant de pures jubilations. Une porte qui donnait vers tous les infinis, tous les possibles, tous les rêves. Je devais bien faire comprendre à Violette que ma route de radin, âpre et belle, passait nécessairement par des sacrifices.

— Violette, une cause majeure retient mon cœur dans le ventre des bennes à ordures. Le ciel de la découverte me brûle et m'enflamme. Partir explorer les déchets est un acte aussi exaltant que la chasse ou la guerre. Je me sens glorieux et invincible quand je me retrouve les pieds dans des tas de détritus. Et je crois resplendir comme si j'étais un roi vêtu d'or ou de paille parmi des étoiles. Les rats des bas-fonds deviennent mes amis. Je partage avec eux mes festins de gratuité. Nous devenons frères d'opportunité. Je leur laisse des pelures et ils m'accordent le bénéfice d'autres butins. C'est une sorte de jeu entre ces fureteurs et moi : là où ils traînent leurs queues, je trouve toujours l'opulence. Entre un vieux gâteau et une chemise usée, je peux tomber sur de multiples merveilles inattendues. Lorsque je plonge dans ces minuscules océans de rebuts, j'en ressors systématiquement gagnant. Certes puant, sale, pitoyable, mais irrémédiablement riche. De n'importe quoi. De ceci ou de cela. Voire de trois fois rien. Ne me demande pas d'abandonner ces menus bonheurs formant mon royaume de gueux, pour tes cheveux, tes yeux et tes lèvres de petite princesse. Mon Éden quotidien m'attend à chaque coin de rue.

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