Désormais définitivement à l'abri du besoin, mon seul souci consistait à surveiller et gérer ma fortune. C'est-à-dire, à y toucher le plus légèrement possible.
N'étant plus une charge pour mes parents, je devenais libre de mener sereinement ma vie au rabais. J'en profitai pour restreindre au maximum mes appétits dans le louable dessein d'accumuler un maximum d'économies. Mon but n'était nullement de commencer à dépenser mon bien mais d'en limiter les pertes.
Loin de toute mesquinerie domestique, je consentais à consacrer une partie de mon héritage à l'entretien de Violette puisque dorénavant nous formions un couple installé dans la durée. Bien entendu, ce serait pour elle une aide extrêmement raide. Elle pourrait se régaler sans restriction à mes dépens de tout ce dont elle était en droit de réclamer, selon mes critères : avec moi elle ne mourrait pas de faim.
Sauf qu'elle devrait y mettre du sien.
Tant que son alimentation demeurerait élémentaire, raisonnable, composée des produits les moins chers qui soient, elle jouirait de tout ce qu'elle voudrait.
Pour résumer, je lui offrais le pain et l'eau. A satiété.
Si cette base ne lui suffisait pas, si elle avait des envies de gâteaux, de chocolat, de limonade, l'accord entre elle et moi était qu'elle se payât avec son propre argent ce que j'estimais être son "luxe".
J'assurais le strict nécessaire, elle assumait financièrement le superflu.
Il y avait une clause dans ce contrat implicite : lorsqu'elle ferait le choix du futile et que cela n'entraînerait pas obligatoirement de recevoir l'essentiel, alors je me permettrais très légitimement ne pas lui céder le minimum promis.
J'anticipais une aberration qui s'apparentait à du pur gaspillage.
Par exemple, quand elle déciderait de manger de la brioche à ses frais au lieu d'une miche de blé ordinaire généreusement accordée de ma part, elle n'aurait plus la nécessité d'ingérer cette dernière. Rassasiée par sa pâtisserie, elle se contenterait ensuite de boire jusqu'à plus soif les verres d'onde fraîche que je lui servirais afin d'achever honnêtement son repas.
Ce qu'elle n'avalerait pas sur mon compte serait autant de gagné pour moi.
L'affaire s'annonçait équitable pour nous deux.
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