jeudi 16 juillet 2026

32 - Un vrai restaurant

Après cette expérience culinaire désastreuse, en compensation de sa déception Violette me demanda de lui offrir un "vrai restaurant".
 
Sous-entendu, un établissement où l'on déguste une cuisine officielle : raffinée et joliment présentée. Des mets à savourer, si possible du bout des lèvres. Et sans faire de taches sur la nappe, s'il vous plaît !
 
Moi je n'entendais pas nécessairement la chose en termes de plats "meilleurs" que les miens sur le plan gastronomique, ou simplement plus copieux, non. Je voyais les faits de manière plus essentielle : le problème se posait pour moi sous l'angle purement économique.
 
La véritable question était : combien son caprice allait-il me coûter ?
 
Avec son souhait impérieux de l'inviter à une table payante, je me retrouvais du jour au lendemain au coeur de la tourmente, tout en sachant par ailleurs que je n'aurais de toute façon pas pu y échapper. Alors, me dis-je, autant affronter ce moment pénible au lieu de repousser stérilement l'échéance.
 
Violette aurait donc son repas d'opérette à prix d'or, elle en serait contente et l'on irait de l'avant.
 
Inutile de tenter de contourner la tempête, même si j'avais prévu maints stratagèmes afin de l'éviter. Je devais y passer, un point c'est tout. Et le plus tôt serait encore le mieux. Ensuite, débarrassé de cette onéreuse étape sur le chemin de la relation amoureuse, je pourrais l'éloigner de ces lieux de restauration. Elle ne pourrait pas me reprocher de lui avoir refusé ce que personnellement je considérais comme une folie.
 
Mon unique espoir au cours de cette épreuve était que, enfin rassasiée et satisfaite, elle ne repenserait pas à y retourner de sitôt. Quel soulagement pour moi ! Et ma pire crainte était qu'elle y prenne goût.
 
Un risque inévitable à prendre. Je n'avais guère le choix. Je savais pertinemment qu'en partageant mon existence avec une compagne, j'engageais fatalement et ma personne et, possiblement, ma bourse.
 
Comment faire autrement ? À ma charge dans un second temps de tout entreprendre pour limiter les dépenses. La solution judicieuse consistait non pas à la priver de son plaisir de manger à mes frais (cela aurait été contre-productif : ses envies frustrées de se restaurer en ville seraient revenus sans cesse), mais à lui servir ce qu'elle voulait pour, une fois son ventre plein, vider son esprit de ses mauvaises idées.
 
Ainsi je pourrais facilement détourner son attention vers d'autres nourritures, évidemment moins chères. C'est-à-dire, à digestion légère en ce qui me concerne mes finances.

Bref, je lui fis la promesse de l'emmener chez un restaurateur. Il s'agissait de crever l'abcès. La grande aventure allait commencer. J'en tremblais par avance.

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