J'exposai mes bonnes raisons de radin à travers un beau discours que je voulus aussi pédagogique qu'éblouissant :
— Violette, toi que j'apprécie, je souhaite en ton nom ne jamais dilapider
mes économies pour des artifices achetés à ta gloire. Ces derniers ne seraient à
ton égard que des offenses et non des faveurs. Tu vaux infiniment mieux que des
babioles vendues toujours trop chères et même que de l'or que l'on acquiert à
grands frais. Tes grâces sont des dons divins et méritent mes louanges
intarissables plus que le contenu limité de ma tirelire. Aussi, je préfère
t'offrir toutes ces belles choses qui ne se monnayent point plutôt que ces
bêtises qui valent des énormités et que l'on oublie d'ailleurs assez vite
généralement. Pour toi, Violette, j'irai cueillir les éclats du ciel. Ils ne
pèsent rien dans mes poches et peuvent aisément se multiplier par la seule magie
de l'imagination. Pas la peine d'enrichir je ne sais quel marchand d'âneries
pour te plaire et t'honorer. Pourquoi devrais-je m'appauvrir pour te contenter
passagèrement avec une bague qui finira par te lasser, un chapeau à plumes qui
se démodera ou une soirée au restaurant que tu digéreras puis évacueras, quand je
peux avantageusement te faire le cadeau de mes mots immortels, de mes pensées
inextinguibles ou de mes rêves impérissables ? Je dépose à tes pieds la beauté
des nuages, l'immensité de l'azur, la lumière du soleil. Vois-tu, je n'ai pas
besoin de payer ces trésors qui, je n'en doute nullement, te font plaisir. En
plus, ils sont immédiatement accessibles. Je te les destinerai chaque jour de ma
vie, sois-en certaine. Et pour te prouver l'importance que j'accorde à la
gratuité de ces bienfaits de la Création (sujet sur lequel je m'engage devant
toi aujourd'hui à demeurer fidèle), je te prie d'accepter ce magnifique bouquet
d'étoiles qu'il m'a suffi d'aller chercher dans le firmament. Il en reste encore
des milliards d'autres pour toi, de toutes sortes. Tu n'en manqueras pas une
fois. Elles ne me coûtent pas le moindre rond et je t'aime.
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