mercredi 5 août 2026

53 - Mes fringues de pingre

Violette était coquette et ne se privait pas de se vêtir de dentelles de prix et autres parures coûteuses. Tant qu'elle finançait son apparence, je n'y voyais nul inconvénient. Je ne voulais surtout pas lui ôter sa liberté de dépenser son propre argent.
 
Le mien avait été mis à l'abri, c'est tout ce qui m'importait.
 
Qu'elle achetasse ou non des futilités, ses décisions consuméristes ne provoquaient aucune incidence sur les frais que je consacrais à son entretien. Elle jouissait de son droit de recevoir sa portion réglementaire de pain ordinaire et sa part immodérée d'eau plate. En cela, je restais fidèle à ma promesse de toujours être en mesure de lui fournir l'essentiel pour vivre. Même si souvent, elle préférait renoncer à mes miches pour, à la place, manger de la brioche accompagnée de boissons colorées. Le tout à sa charge, bien entendu.
 
En somme, elle se payait ce que je ne lui offrais pas. Respectueux de ses envies de diversité alimentaire, je ne l'en empêchais jamais. Je lui servais la base et elle l'agrémentait par les bagatelles qui lui passaient par la tête. Ou la remplaçait purement et simplement par ses appétits personnels du moment.
 
Elle pouvait s'habiller comme elle l'entendait, cela ne regardait guère mon budget. Aussi s'en donnait-elle à cœur joie, bien que j'essayasse, malgré tout, de lui inculquer les vertus de l'économie vestimentaire. Mais mes préceptes de restrictions ne constituaient pas une obligation en ce qui la concerne.
 
Moi, je faisais juste mon devoir. Après, elle choisissait de suivre ou non mes conseils de sobriété.
 
Pour ma part, je m'en tenais à ma philosophie d'avare et continuais mon mode de vie basé sur la récupération. Je conservais quasi invariablement mes allures miteuses de radin assoiffé d'épargne et affolé par l'idée de la dépense.
 
Nous formions un couple bizarre, elle pimpante telle une poupée apprêtée, moi clownesque et calamiteux dans mes fripes mal assorties qui me faisaient ressembler à un épouvantail des poubelles.
 
J'inspirais de la honte à Violette, ce qui assurément était assez ennuyeux. Je ne demandais qu'à lui faire plaisir.
 
Heureusement, elle m'aimait et mon banquier m'aimait également.
 
Insensible à la mode, asocial et rétrograde, je brillais d'auto-satisfaction dans mes guenilles.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire